Être (ou serait-ce ne pas être ?) QUEER

Commentaires

  1. D’accord. Mais. Est-ce si simple de lever le carcan des genres par une simple appellation ? Une case de plus dans un formulaire ? Ne faut-il pas rejeter certains traits d’habitudes, de comportements d’une « société de cases » afin de se réclamer Queer ? Est-ce que tout le monde peut se dire Queer ?
    Quelle est la différence alors entre se réclamer Queer et se dire non-binaire ?

    1. Bonjour J’aurai aimé être anonyme, et merci pour ton commentaire !
      Effectivement je ne pense pas qu’il soit simple de se servir du marteau « queer ». Selon moi, le queer n’est pas la revendication d’une case de plus dans un formulaire, mais la volonté de détruire le formulaire. C’est à dire que le queer ne doit pas être pris sous le prisme de l’identité, mais plutôt dans une dynamique de sa destruction. Ce n’est pas un mot « case » mais un mot « action », presque un verbe. Dans ce sens, effectivement, le queer peut être un rejet de certains traits d’habitudes, un questionnement et un renouvellement des comportements. Tu as donc raison dans ce sens, le queer ne se suffit pas d’une simple appellation, il nécessite des actions pour exister pleinement.
      Cependant, quelle limite entre l’appellation et l’action ? Est-ce qu’appeler des choses n’est déjà pas les faire exister ? C’est ce que pense Butler (et toustes les penseurses du courant post-structuraliste). En gros, les mots contribuent très largement à notre perception de la réalité: plus tu connais de différents noms de couleurs, plus tu sera capable de voir les nuances de celles-ci (c’est aussi pour cela que l’écriture inclusive est importante). Le queer s’inscrit dans cette logique que le langage nous construit et peut donc aussi nous déconstruire. Le mot « queer » dès lors, est la construction d’une nouvelle catégorie qui n’a pour simple but que de détruire les autres catégories (et donc, dans un geste final, se détruire elle-même).
      Le non-binaire, selon moi, diffère du queer justement dans son rapport à l’identité: la non-binarité est vue comme un trait constitutif de l’état-civil de la personne (une nouvelle case), tandis que le queer refuse l’identité et souhaite détruire l’état civil.
      Enfin, pour la dernière question éthique de savoir si tout le monde peut se dire queer, j’ai du mal à formuler un avis. Parce que dire que tout le monde peut utiliser le queer, c’est nier en parti sa construction historiquement liée aux mouvements lgbt+. C’est donner un outil qui a été très utile pour la lutte à des groupes qui ont souvent été les oppresseurses. Mais en même temps, refuser à certains groupes d’utiliser le queer, c’est les renvoyer à une identité de genre, de sexe, de race, de classe, à des cases étroites, matrices de l’ordre, que le queer a justement l’ambition de détruire. Refuser le queer à certains groupes dans ce sens, c’est utiliser ces catégories dans leur capacité à discriminer. Donc dilemme !
      J’espère t’avoir donné des réponses,
      Bisous bridgés !
      PS: Cette analyse du queer n’est pas partagée par toustes les personnes s’en revendiquant, et c’est tant mieux parce que ça créé du débat

      1. Merci pour ta réponse ! Ça nourrit ma réflexion. Quelques mots encore, de ma position qu’on qualifierait de femme-cis blanche (qualification que je ne réfute pas mais pour laquelle je ne milite pas, c’est à dire que je préfèrerai d’abord me concevoir comme être, individue sans devoir répondre à des normes de genre. Bon en même temps, je subis les discriminations et oppressions liées au genre qu’on m’attribue donc pour pouvoir le dénoncer je dois me positionner en tant que tel…) BREF, c’est un autre débat.
        Mais pour revenir au nôtre, je me pose la question de la légitimité à se dire Queer et à ton appel à l’être ou à utiliser ce marteau de déconstruction de l’identité. Comment avec ma position de femme-cis-et-en-même-temps-avec-des-envies-de-partage-autres-qu’hétérosexuels puis-je utiliser ce marteau du Queer ?
        Ton dernier post est-il un appel au Queer ? Comment souhaites-tu le voir exister ou prendre place dans la société ? N’y a-t-il pas de danger à l’appropriation d’une lutte si, par exemple moi, je me revendique Queer ?
        Désolé si mon commentaire n’est pas très bien ficelé.

        1. Oups. En fait j’ai relu ton dernier point sur L’éthique et ça répond à en grande partie à mes questions ! hihi
          Je ne comprends juste pas encore quel est ton propos dans ÊTRE (ou ne pas être) QUEER ? Est-ce une vulgarisation du mot ?
          Continue c’est cool ! <3

          1. Alors oui par exemple avec ton cas, le dilemme prend tout son sens: tu as envie de détruire les normes de genre, trop bien, moi je suis pour que tu puisses agir queer, au contraire, ça participe de la lutte ! Mais en même temps, en tant que cis, tu expérimentes pas de la même manière ton rapport au genre que les personnes qui ne sont pas cis, du coup est-ce que tu t’appropries leur moyen ? J’arrive pas à me prononcer.
            Le propos de mon post en gros, c’est une dénonciation de l’utilisation abusive (selon moi) du mot queer dans une visée identitaire. C’est à dire que le queer glisse peu à peu vers une catégorie figée, comme un élément de l’identité. Et je trouve que ça dénature complètement son rôle de base, qui est justement de lutter contre les assignations identitaires. De manière plus général, c’est aussi un rappelle à une vision identitaire des luttes, que je trouve super dangereuse actuellement, ou à force de souligner son appartenance à une minorité oppressée on en fait un caractère définissant la totalité de son être et de ses comportements, ce qui mène à l’exclusion de l’autre qui n’appartient pas à la même identité, qui mène à une impossibilité de lier les luttes entre elles, et qui surtout fait oublier complètement toute destinée émancipatrice de la lutte. Certes il est super important de prendre en compte l’assignation identitaire de chacun.e pour savoir comment lutter et comment s’organiser en étant au plus proche du vécu de toustes. Il est super important de ne pas nier que le vécu d’un.e noir.e est différent du vécu d’un.e blanc.he. Mais il me semble dangereux de se renfermer sur son identité au lieu de la détruire, de s’y restreindre au lieu de tenter de s’épanouir au delà de ses limites… Bref, voilà le contexte global dans lequel j’ai pensé ce truc et ça influence aussi ma réponse à ton commentaire sur ton questionnement à toi, femme blanche cis, qui veut utiliser le marteau queer. J’ai pas envie de me contenter de mon identité, donc je n’ai pas envie de dire que ce marteau est seulement le mien et peut pas être celui des cis…

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